19e colloque international de l’Association Charles Gide
Université Paris I Panthéon-Sorbonne. 7-9 juillet 2022

Bonheurs et malheurs de l’agent économique

 

Site du colloque : https://gide2022.sciencesconf.org/

Appel à communications du colloque en français

Call for papers - Conference - in english

Appel à communication pour le n° spécial dans les Cahiers d'économie politique

Call for papers - special issue in Cahiers d'économie politique - in english

 

Appel à communications

Le XIXe colloque international de l’Association Charles Gide se tiendra à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne du 7 au 9 juillet 2022. Cette manifestation organisée par les laboratoires PHARE (Philosophie, Histoire et Analyse de la Pensée Economique, Paris I), LED (Laboratoire d’Economie Dionysien, Paris 8) et CES (Centre d’Economie de la Sorbonne, Paris I) portera sur le thème « Bonheurs et malheurs de l’agent économique ».
L’économie politique, qui émerge des Lumières écossaises et françaises, se construit à partir d’un récit des origines qui présente l’histoire comme éloignement d’un malheur initial et, par conséquent, progrès vers un bonheur futur. En témoigne la théorie des stades développée par Smith et Turgot. A la même époque, on trouve une perspective opposée dans la philosophie de Rousseau qui voit dans la société naissante un bonheur dont le progrès de la civilisation conduit à s’écarter. Ces considérations s’inscrivent au moins partiellement dans une philosophie empiriste de la connaissance inspirée par Locke et Condillac qui met l’accent sur la plus forte sensibilité des êtres humains à la douleur qu’au plaisir. Qu’est devenue cette articulation entre bonheur et malheur, peine et plaisir, d’une part, et progrès des richesses matérielles, d’autre part, au cours du développement de la pensée économique ?
Dès la fin du XVIIIe siècle, la question du bonheur, comme celle du malheur, s’est trouvée au centre des préoccupations de l’utilitarisme classique, chez Bentham et ses précurseurs, bien sûr, mais également chez ceux qui, comme J.S. Mill ou Sidgwick par exemple, suscitèrent ses évolutions les plus marquantes. On les rencontre encore dans les horizons que nous proposent les socialistes dits « utopistes », et chez Marx lui-même, principalement dans ses écrits de jeunesse. On pourrait voir dans l’économie du bonheur contemporaine une actualisation de ces questions anciennes. Ce champ de l’économie doit une part de son succès à la construction de mesures nouvelles destinées à quantifier le bonheur ainsi que ses évolutions. D’une certaine manière, l’économie du bonheur rend manifeste un héritage des Lumières. En effet, la déconnexion que le paradoxe d’Easterlin (1974) a établi entre croissance économique et bonheur a conduit à faire de ce dernier un objectif suprême, dans une perspective qui fait écho à certains traits de l’utilitarisme. Cependant, ce champ se situe dans une perspective positive, éloignée de conjectures historiques sur lesquelles s’était construite l’économie politique. L’économie du bonheur contemporaine fait ainsi passer au second plan non seulement la question de l’histoire et du progrès, cruciale pour les philosophes et économistes du XVIIIe siècle, mais également le couple originel constitué par le bonheur et le malheur. Le rôle joué par ce dernier paraît aujourd’hui s’être fondu dans la catégorie unique du bonheur.
Nous proposons de mettre en perspective historique les réflexions contemporaines entourant la notion de bonheur en interrogeant la place qu’elle a occupée dans les travaux des économistes du passé et en considérant avec attention son articulation avec la notion de malheur. Comment les économistes ont-ils envisagé bonheurs et malheurs de l’agent économique, des origines de la discipline jusqu’à ses développements récents ?
Cette question peut être abordée de différentes façons dont la liste suivante, loin d’être exhaustive, donne quelques indications.
- On pourra analyser l’hypothèse d’un progrès de l’histoire qui parcourt la pensée classique et marxiste pour revenir souterrainement chez Keynes qui, dans les « Perspectives économiques pour nos petits-enfants » annonce la résolution du problème économique de la subsistance. L’agent représenté par la pensée économique vise-t-il toujours à s’éloigner d’un premier désastre, emblématiquement représenté par le naufrage de Robinson Crusoé ?
- Dans le fil de cette question, on confrontera notre aptitude, comme économistes, à rendre compte des malheurs vécus ou redoutés comme du bonheur vécu et recherché, aux approches que l’on rencontre dans d’autres domaines comme, par exemple, la littérature. La question ainsi posée porte sur les limites de la pensée économique, comme science ou comme philosophie.
- On s’intéressera à la place que les économistes ont accordée à la figure de l’homme riche et de l’homme pauvre, à celles du marginal, de la femme et de l’homme, en relation avec les notions de bonheur et de malheur.
- L’histoire de la macroéconomie induit aussi une référence souvent implicite à la quête du bonheur et la nécessité de penser le malheur. On pourra revenir sur la difficulté à penser le « chômage involontaire » qui hante la macroéconomie après Keynes ou s’interroger sur les relations entre les mesures statistiques qui structurent la recherche en macroéconomie, et la notion de bonheur.
- On pourra revenir sur les approches historicistes et institutionnalistes, dans leurs analyses du désir de l’agent à travers les phénomènes de mimétisme et les contraintes imposées par les normes sociales. L’accent mis sur la satisfaction des préférences occulte-t-il les frustrations ou les regrets provoqués par un environnement institutionnel qui produit des attentes individuelles impossibles à réaliser ?
- Seront les bienvenues des contributions portant sur l’histoire de l’économie du bonheur et l’économie des émotions. Quelles sont leurs relations avec des travaux plus anciens ? Quelles conditions sociohistoriques ont conduit aux travaux d’Easterlin ou de Scitovsky ? Dans le développement de ces approches, quel rôle ont joué les transferts disciplinaires entre l’économie, la psychologie et la philosophie ?
- En relation, plus largement, avec l’économie du bien-être, les mesures subjectives du bonheur, lorsqu’elles appuient des recommandations de politiques publiques, peuvent également être abordées du point de vue de la philosophie économique en explorant les problèmes méthodologiques et éthiques qu’elles soulèvent.


À noter
• Certaines sessions du colloque sont co-organisées avec les Cahiers d’Economie Politique, qui publiera un numéro thématique intitulé : « Bonheurs et malheurs de l’agent économique : les perceptions de l’économie dans les récits littéraires ». Ces sessions accueilleront les propositions proposant de traiter le thème du colloque à travers un dialogue entre économie et littérature. L’appel à communications pour ces sessions est détaillé sur le site du colloque sous l’onglet « économie et littérature ».
• Comme lors des précédents colloques Gide, cette manifestation est également ouverte à des communications portant sur l’ensemble des thèmes relevant de l’histoire de la pensée et de la philosophie économique.
• Les propositions des doctorants sont encouragées ; des ateliers pratiques de recherche et des sessions utiles à la poursuite de leur carrière seront organisés à leur intention.
Nous vous remercions de préciser, dès l’envoi de vos propositions, si elles relèvent :
(i) du thème spécifique de l’appel de ce colloque Charles Gide,
(ii) de l’appel à communication des Cahiers d’Economie Politique. La soumission des articles au numéro thématique des CEP sera librement choisie par les participants au colloque. Ces articles seront évalués selon le processus habituel des revues académiques.
(iii) de l’ensemble des thèmes relevant de l’histoire de la pensée et de la philosophie économique,

Dates à retenir
Soumission des propositions : 1er novembre – 17 janvier 2022. Format des propositions : 300 à 400 mots.
Annonce des décisions du Comité scientifique : 21 février 2022.
Inscription au colloque. Tarif préférentiel de 90 euros jusqu’au 14 Juin 2022. Tarif non préférentiel de 120 euros à partir du 15 juin 2022. Tarif doctorants : 30 euros. La participation au colloque suppose une adhésion à l’association Charles Gide.
 

Conférenciers invités : Silvia Federici (Hofstra University, New York) et Joseph Vogl (Université Humboldt de Berlin).

 

Comité scientifique
François Allisson (Université de Lausanne), Nathalie Berta (Université de Reims), Laurie Bréban (Université Paris 1), Loïc Charles (Université Paris 8), Annie Cot (Université Paris 1), Alexandra Hyard (Université de Lille), Bruna Ingrao (Université Roma La Sapienza), Laurent Jaffro (Université Paris 1), Agnieszka Komorowska (Université de Mannheim), André Lapidus (Université Paris 1), Laurent Le Maux (Université de Bretagne Occidentale), Patrick Mardellat (Science Po Lille), Annika Nickenig (Université Humbolt de Berlin), Claire Pignol (Université Paris 1), Christophe Reffait (Université de Picardie Jules Verne), Constantinos Repapis (Goldsmith University of London), Nicolas Rieucau (Université Paris 8), Goulven Rubin (Université Paris 1), Christophe Salvat (Université Aix-Marseille), Nathalie Vanfasse (Université Aix-Marseille)

Comité d’organisation
Louis Azan, Hélène Bénistand, Elodie Bertrand, Victor Bianchini, Lucy Brillant, Laurie Bréban, Jean Dellemotte, Amélie Fievet, Sophie Jallais, Dorian Jullien, Hélène Kontzler, François Morvan, Thomas Müller, Nadeera Rajapakse, Nicolas Rieucau, Cédric Philadelphe Divry, Claire Pignol, Goulven Rubin, Paul Verger, Léa Villequey, Benoit Walraevens.

Contact : ColloqueGide2022@univ-paris1.fr
Site internet du colloque : https://gide2022.sciencesconf.org/

 

 

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Archive :

18e colloque international de l’Association Charles Gide, « Coopération(s) »

Lausanne, du 10 au 12 septembre 2020

Le XVIIIe colloque international de l’Association Charles Gide se tiendra à l’université de Lausanne les 10, 11 et 12 septembre 2020. Cette manifestation organisée par le centre Walras Pareto d’études interdisciplinaires de la pensée économique et  politique (CWP) portera sur le thème « Coopération(s) ».

 

Programme définitif

Appel à communications à télécharger en pdf

Appel à communications (fr)

Call for papers (eng)

Dates à retenir

Contact

Comité d'organisation et comité scientifique

Pour les colloques précédents (années paires), consulter les archives.

 

Appel à communications
Le XVIIIe colloque international de l’Association Charles Gide se tiendra à l’université de Lausanne les 10, 11 et 12 septembre 2020. Cette manifestation organisée par le centre Walras Pareto d’études interdisciplinaires de la pensée économique et  politique (CWP) portera sur le thème « Coopération(s) ».
Coopérer, c’est-à-dire « faire quelque chose conjointement avec quelqu’un » : l’idée a été explorée avant le XIXe siècle pour penser, entre autres, le fonctionnement économique et politique des sociétés. Elle s’est cristallisée dans les années 1820 sur un ensemble de significations convergentes : dans le sillage de Robert Owen, elle a d’abord désigné en particulier une forme d’organisation de l’économie fondée sur des « coopératives » et adossée au projet d’une prise de décision partagée et d’une meilleure redistribution des richesses produites. Au cours de ces deux cents dernières années de nombreux auteurs – par exemple autour de l’avocat du « coopératisme » Charles Gide (Devillers, 1998) et de l’École de Nîmes – l’ont placée au coeur de leurs recherches. Elle a donné lieu à un nombre remarquable de mises en oeuvre – de The Rochdale Society of Equitable Pioneers jusqu’à The Preston Model, pour s’en tenir au cas britannique.
La signification de la coopération, liée par exemple aux questions de réciprocité et d’échange, oscille entre des pôles distincts. Ce « Third sector » (Hilson et al., 2017) cultive ses spécificités vis-à-vis du libéralisme, du capitalisme, du socialisme – sans que les frontières soient clairement établies pour autant (sur les proximités entre capitalisme et coopération, voir en particulier Marx, 1867, I, 11). La coopération, voisine de l’associationnisme et du mutualisme sans se confondre avec eux, féconde les théories des communs (Ostrom 1990) ou encore les réflexions sur l’économie sociale et solidaire. Entre transactions  individuelles et intervention publique, elle est aussi une forme de coordination entre les agents non seulement économiques mais aussi politiques et sociaux.
Le mot et la notion ont évolué et charpentent certaines théories économiques actuelles. Ils peuvent être mobilisés en théorie des jeux pour rendre compte de l’existence de certaines formes d’organisation sociale (depuis Von Neuman et Morgenstern, 1944), par exemple pour éclairer les conditions de stabilité des d’institutions sociales fondées sur la logique des participants.
Il importe d’étudier au croisement des champs disciplinaires ses assises théoriques, ses variations de signification, les débats qu’elle a suscités dans le champ de la pensée économique et ailleurs, ses traductions concrètes dans le temps et dans l’espace (Desroche 1976). Quelques questions peuvent aider à orienter la réflexion.
• Comment ont été théorisées et instaurées des institutions destinées à mettre en oeuvre coopération et coordination en société ?
• Jusqu’à quel point l’histoire de la pensée éclaire-t-elle sur les raisons pour lesquelles individus et groupes coopèrent ?
• La coopération est-elle plutôt le fruit d’une volonté politique de transformation de la société ou, plus prosaïquement, une bonne méthode pour conduire au mieux ses affaires (Hilson 2018) ?
Travaux cités : Devillers Patrice, « Le coopératisme de Charles Gide », RECMA, 269, 1998. – Desroche Henri, Le projet coopératif : son utopie et sa pratique : ses appareils et ses réseaux, ses espérances et ses déconvenues, Paris, Éd. ouvrières, 1976. – Hilson Mary, The International Co-operative Alliance and the consumer co-operative movement in northern Europe, c. 1860-1939, Manchester, MUP, 2018. – Hilson Mary, Neunsinger Silke, Patmore Greg (dir.), A Global History of Consumer Co-operation since 1850. Movements and Businesses, Leiden, Brill, 2017. – Marx Karl, Das Kapital, Hamburg, Otto Meissner, 1867. – Neumann John von et Morgenstern Oskar, Game Theory and Economic Behavior, Princeton, PUP, 1944. – Ostrom Elinor, Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge, CUP, 1990.
À noter
• Comme les années passées, ce colloque Gide accueillera également des communications portant sur l’ensemble des thèmes relevant de l’histoire de la pensée et de la philosophie économique.
• Les propositions des doctorant.e.s sont encouragées ; des ateliers pratiques de recherche et des sessions utiles à la poursuite de leur carrière seront organisés à leur intention.

Dates à retenir
Soumission des propositions: 1e janvier – 15 mars 2020
Décision du comité scientifique: 15 avril 2020
Inscription au colloque et envoi des textes: 15 avril – 15 août 2020

Contact
gide2020@unil.ch
Site internet du colloque / website
https://wp.unil.ch/gide20/
Conférencières invitées
Tine de Moor, université d’Utrecht ; Ophélie Siméon, université Sorbonne- Nouvelle, Paris.

Comité d'organisation / Organizing committee (Centre Walras Pareto, UNIL)
François Allisson, Roberto Baranzini, Thomas Bouchet, Raphaël Fèvre, Marius Kuster, Justine Loulergue, Harro Maas, David Sarech.

Comité scientifique / Scientific committee :
Les membres du Comité local d’organisation ainsi que Michele Bee (Lausanne – Belo
Horizonte), Cléo Chassonnery-Zaïgouche (Cambridge), Till Düppe (Montréal), Ludovic
Frobert (Lyon), Stéphane Gacon (Dijon), Mary Hilson (Aarhus), Alexandra Hyard (Lille),
Sylvie Rivot (Strasbourg), Christophe Salvat (Aix-en-Provence), Sophie Swaton (Lausanne).
 

Call for papers
The 18th international conference of the Charles Gide Association will be held at the University of Lausanne (UNIL), 10-12 September 2020, under the auspices of the Centre Walras Pareto d’études interdisciplinaires de la pensée économique et politique (CWP). The theme of the conference will be on ‘Co-operation’. ‘Co-operation’, i.e. ‘acting hand-in-hand with someone else’ has been, for centuries, central to the way economic and political societies operate. The question of co-operation arises in the 1820s in a number of important and converging ways: in Robert Owen’s shadow it was understood as a way of organizing the economy in such a way that it was rooted in cooperative societies, which were constituted on the basis of collective decision making and an equitable distribution of wealth. From the 1820s onward, many thinkers who were influenced
by Charles Gide’s ‘co-operativism’ (Devillers, 1998) and the Nîmes School considered the idea of co-operation to be at the centre of their reflections. This gave birth to numerous social and economic experiments. In the British case, these ranged from the Rochdale Society of Equitable Pioneers to the Preston Model.
The topic of co-operation raises many questions, especially, for example, in relation to reciprocity and exchange, oscillates between distinct poles. As a ‘Third Sector’ (Hilson et al., 2017) it differs explicitly from capitalism, liberalism, and socialism. But the boundaries between co-operation and other political ideologies are far from being clearly demarcated – see Marx (1867) for a discussion on the relation between capitalism and co-operation. In a broad constellation of concepts, co-operation can be situated next to ‘associationism’ and ‘mutualism’, and gave rise to a Theory of Commons (Ostrom, 1990), as well as a social-economy of solidarity. Situated between the spheres of individual actions and transactions and state intervention, it co-ordinates and orientates actors in the political and social spheres.
A number of economic theories today have developed out of the concept of co-operation. It can be deployed in game theory in order to account for modes of social organization (Von Neuman and Morgenstern, 1944, continued), shedding light on how social institutions, which are emerge out of competing private interests, might be made stable. It is therefore worth studying co-operation’s theoretical foundations, its changing, and many meanings, the debates it has generated in the field of economic, social, political, and philosophical thought, and its numerous historical forms (Desroche, 1976). Some of the issues raised by co-operation in various fields may provide for fruitful avenues of reflection:
• How were social institutions designed to achieve co-operation and co-ordination theorised and established?
• To what extent does the history of thought shed light on the reasons underlying individual and group co-operation?
• Is co-operation the result of a political will to transform society, or, is it, more prosaically, a good way to do business?
Please note :
• As in previous years, this Gide conference will also host papers on all topics related to the history of economic thought and philosophy of economics.
• Proposals by doctoral students are highly encouraged as practical research workshops and sessions useful for the pursuit of their careers will be organised for the conference.

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